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16 Mars 2017

Artús

Ors

par Vox

La musique occitane se porte bien, merci pour elle.

En s’ouvrant aux influences du monde elle a su s’adapter à son époque tout en restant fidèle à ses racines. Derrière les Fabulous Trobadors ou Massilia Sound System pousse une génération d’artistes qui participent au renouveau de la culture occitane en l’ouvrant à de nouveaux horizons.

Dans ce large paysage, Artús propose certainement une des démarches les plus radicales.

Après quelques années de formation durant lesquelles ils ont écumé les bals en y interprétant le répertoire traditionnel béarnais, le groupe a fait le choix d’ancrer sa musique dans une culture décomplexée et ouverte en mélangeant l’héritage gascon avec les musiques progressives et expérimentales.

En l’espace de 15 ans, Artús a sorti 4 albums dont le dernier en date met en musique des textes inédits de l’écrivain occitan Bernard Manciet. Ils nous reviennent aujourd’hui, après 4 ans d’absence, avec un album qui rend hommage à l’ours, animal mythique et sacré de nos forêts anciennes, présenté par l’Eglise comme une incarnation diabolique qu’il fallait exterminer. La chasse à l’ours est alors devenue un sport national et l’homme en tuant son premier Dieu a, en quelques sortes, tué une part de sa propre mémoire. Les combats qui se jouent à travers cet animal sont aussi ceux d’ Artús dont l’oeuvre milite pour la sauvegarde d’un patrimoine malmené par des siècles d’assimilation à la culture dominante.

Mais dans la famille Artús, résistance ne rime pas avec enfermement. Dès le titre d’ouverture, « Desvelh », on entend se mêler les influences prog aux chants en occitan. On songe à King Crimson à travers le son agressif des guitares et l’omniprésence de mesures composées qui se succèdent dans cette œuvre labyrinthique de 9 minutes. Outre l’influence du roi pourpre, on entend également des réminiscences krautrock dans les nombreux passages planants sur lesquelles viennent se poser des voix brumeuses qui nous rappellent les expérimentations de Can. Si toutes ces influences sont omniprésentes, elles sont toujours parfaitement digérées. Artús a de la culture mais aussi, et surtout, beaucoup d’imagination à tel point que leur musique, même référencée reste toujours personnelle. Le groupe trouve sa singularité dans sa capacité à réinventer des airs anciens en les réarrangeant comme c’est le cas sur le morceau « Chasse Party » aux influences tribales et ethniques. Dans cette composition, qui évoque le jeu de piste d’un sanglier chassé par un ours, lui-même traqué par l’homme, Artús réussit l’exploit de donner à des thèmes traditionnels un côté progressif en les replaçant sans jamais les dénaturer dans un nouveau contexte. Il dépasse ainsi l’héritage qu’il a reçu et crée son propre folklore. Un folklore brut duquel se dégage une énergie primitive et radicale.

On trouve néanmoins dans ce déluge sonore quelques moments d’accalmies comme sur le morceau« La hòla » qui permet à Artús de renouer avec son passé de groupe de bal. Dans cette composition le groupe évoque la légende d’une femme sauvage retrouvée parmi les ours et qui aurait été ramenée à la vie moderne. Une modernité qui finira peu à peu par la faire tomber dans la folie et le désespoir. Le retour à la nature est un thème récurrent dans l’œuvre du groupe qui revendique son aspect « ultralocal » . La musique pour eux, c’est un peu le sommet de l’iceberg. Romain Baudouin, membre du groupe s’exprime sur ce point dans une interview qu’il donne en 2012 pour le site SLR. « Nous avons choisi de faire vivre le territoire où l’on est culturellement, artistiquement, financièrement, écologiquement. Rencontrer ses voisins, s’investir dans des associations, militer pour des idées ..Nous pensons que s’occuper de l’infiniment petit bénéficie à l’universel. »

Artús c’est donc avant tout une philosophie qui réconcilie ce qui semble être contradictoire : la tradition et la modernité, le local et l’universel. Tous ces éléments qui nous paraissaient antagonistes nous apparaissent soudain comme étant les deux faces d’une même pièce et c’est peut-être cela qui est le plus précieux dans la musique du groupe : Artus nous ouvre l’esprit !

En décloisonnant les styles et les époques, ils ne manqueront pas de s’attirer les foudres des gardiens de musées qui revendiquent un art pur, et pour qui toute évolution rime forcément avec trahison. Lorsqu’Artús reprend un morceau traditionnel comme « L’ors Dominique » qui clôture cet album, il n’hésite pas à refaçonner les mélodies ou couper dans le texte. Scandale ?

Comme l’avait bien compris Dylan, l’art doit être au milieu de la vie et pour cela rester en mouvement. Ce qui ne bouge plus est mort. En mettant la musique occitane en mouvement, Artús la sort du musée et, avec quelques autres groupes, lui redonne un avenir.

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