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14 Mars 2014

Osada Vida

Particles

par Guillaume Meyer

La scène progressive polonaise, dominée médiatiquement par Riverside, s'enrichit en 2013 du quatrième album d'Osada Vida, nommé Particles. Pour les besoins de ce nouvel enregistrement, la composition du groupe s'est élargie avec l'arrivée de Marek Majewski au chant. Pratiquant un rock metal plus ou moins progressif et relativement basique, Osada Vida ne décolle que rarement de la médiocrité à laquelle les groupes sans grand talent créatif sont confinés. Ce n'est pas que les morceaux de Particles soient mauvais, mais ils fleurent bon le déjà-vu, et sans aller jusqu'à qualifier leurs riffs d'éculés, on ne peut que regretter l'impression de confort étouffé et de sentiers battus qui s'en dégage.

Partant d'une position hybride, à mi-chemin entre le rock progressif classique et ses moutures modernes et plus métalliques, Osada Vida ne parvient qu'à de rares moments à la transcender et proposer une musique véritablement originale. Mais comme Arjen Lucassen le confessait douloureusement dans son album solo paru en 2012, « Every song's been sung before, every note's been played » : chaque chanson a déjà été chantée auparavant, chaque note jouée. De ce postulat, on pourrait aisément considérer que le manque d'originalité est un mal incurable dont chaque musicien se voit infecté, mais ce serait baisser les bras et faire preuve de défaitisme. Même si la tâche semble immense, les membres d'Osada Vida ne sont pas les pratiquants d'un style rigoureusement balisé (comme par exemple le black metal) mais bien des amateurs de rock progressif, musique qui, même si elle est à l'origine fusionnelle et cosmopolite, est aujourd'hui trop souvent limitée à une galerie de références aux gloires du passé. Particles n'échappe donc guère à cet exercice de style (« Faisons un morceau à la Pink Floyd », « Je vais faire une partition de claviers type Wakeman sur ce refrain »), créant ainsi un intéressant jeu de pistes grâce auquel l'auditeur amateur pourra tester sa culture progressive, à défaut d'être réellement emballé. Bien entendu, quand on décide de s'inspirer de légendes, autant choisir Pink Floyd et Dream Theater plutôt que Mireille Mathieu. Il est d'ailleurs symptomatique de constater que la piste bonus qui clôt l'album est une reprise du Master Of Puppets de Metallica sur un mode metal, prog et jazzy, se caractérisant pour le coup par une originalité indéniable mais manquant singulièrement d'un petit supplément d'âme.

Ceci étant dit, il ne faudrait pas négliger le fait que les groupes parvenant à effectuer une fusion efficace entre metal moderne et rock progressif sont rares, et on ne peut que louer le courage d'Osada Vida d'avoir tenté le coup, et se féliciter qu'ils y soient parfois parvenus : l'intéressant « Shut » en est un bon exemple. Paradoxalement, c'est lorsque le groupe se sera cantonné à la récitation de gammes qu'il sera parvenu à faire vibrer la corde sensible du curieux : l'excellent et onctueux « David's Wasp », l'épique et agressif « Mighty World », et la grande réussite de l'album, « Those Days », sucrerie pop calibrée FM. L'interprétation et la production sont excellentes, chaque musicien déroule son jeu avec facilité et les fugaces instants de bravoure qui illuminent l'album sont autant de regrets. Malgré ces louanges en demi-teinte, on est loin d'atteindre le haut du panier de la scène prog actuelle, et il manque encore à Osada Vida une série de morceaux de poids pour espérer un jour en faire partie.

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