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11 Novembre 2013

Jaga Jazzist

Live with Britten Sinfonia

par Raphaël Dugué

Depuis leurs débuts dans les années 1990, les Norvégiens de Jaga Jazzist n’ont jamais cessé de mélanger les genres : du jazz electro dont ils ont été l’un des groupes pionnier, au rock progressif et aux musiques contemporaines, les Scandinaves se sont toujours renouvelés de manière éclatante et ne vont pas s’arrêter là comme le montre leur dernier album live.

Pour ce concert, Jaga Jazzist s’est associé avec l’orchestre de chambre anglais Britten Sinfonia. Ce projet, plutôt périlleux si l’on pense aux nombreux résultats mitigés et aux rares réussites de ce type de collaboration, est un vrai succès. La symbiose entre le groupe et le Britten Sinfonia est parfaite, l’orchestre s’adapte aux morceaux des Scandinaves avec une étonnante facilité. Tout au long de l’album, les sonorités rock, jazz et électro s’accordent ou contrastent brillamment avec l’orchestre. Dans les moments les plus frénétiques, le Britten Sinfonia est puissant et soulève la majesté des compositions. Dans les moments les plus calmes, l’orchestre joue avec simplicité et subtilité comme lors de l’introduction de « Kitty Wu » et son enchevêtrement de cordes pincées et percussions, ou dans le dialogue entre les bois et le synthétiseur sur « Prungen », la seule composition originale du disque. Comme sur leurs albums studio, le groupe donne un rôle très mélodique aux percussions et rappelle parfois Frank Zappa. La musique évoque aussi la scène de Canterbury, le rock symphonique ou encore les musiques contemporaines.

Jaga Jazzist possède une assise rythmique virtuose mais fait toujours passer ses mélodies splendides au premier plan. Même si la contrainte de jouer avec l’orchestre exige une certaine rigueur, le groupe a tout de même laissé quelques plages d’expression pour ses solistes comme sur « Bananfluer Overalt » et ses interventions très réussies à la trompette et à la guitare. L’album, en dépit de ses soixante-sept minutes (un format devenu de plus en plus rare à l’ère du retour au single) n’est jamais ennuyeux. Il débute sur une longue pièce lyrique, passe par des morceaux à l’inventivité rythmique débordante, à du jazz de chambre plus intimiste ou des mélodies Klezmer, avant de s’achever lors du magistral « Oslo Skyline ». En dépit de cette diversité, Live with Britten Sinfonia conserve une réelle unité née de la symbiose entre le groupe de jazz et l’orchestre de chambre.

Avec le Britten Sinfonia, Jaga Jazzist se réinvente encore et continue à brouiller les pistes avec bonheur. Cet album exaltant est une formidable réalisation ainsi qu’une excellente porte d’entrée pour ceux qui souhaiteraient découvrir l’œuvre du groupe norvégien.

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