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28 Septembre 2002

Griffin

The Sideshow

par Florian Gonfreville

Par un petit matin froid, un type se lève, trop tôt réveillé par la perceuse du voisin, et s’aperçoit qu’il s’est fait piquer sa voiture neuve. Agacé, il se coince les doigts dans sa boite aux lettres en trouvant un courrier des impôts. Décidant pour se remettre, de prendre une douche, il se vautre dans l’escalier pour finir par se rendre compte que sa femme a pompé toute l’eau chaude. Trop, c’est trop : il décide d’appeler ses petits camarades de jeu, une paire de guitaristes bercés au thrash mélodique et un bassiste agité, à qui il adjoint, en guise de batteur, un bûcheron croisé dans la rue. Les voilà qui s’enferment tous à la cave. Notre ami s’autoproclame dieu, et commence à hurler dans un micro et un style proche de Russel Allen sous amphet’, sa rage et son désir de vengeance. 

Dire que « Slideshow » est un album énervé serait restrictif : Tommy Sebastian a de la haine pour son prochain et le coffre nécessaire pour la chanter. On mêle ici techno-thrash tendu et très gros heavy sur des riffs à deux guitares, des refrains efficaces aux chœurs simples (« Today’s Castaway », « Shadows…», « Freakshow »), des séquences de mise en situation (« Prologue », « Death Row League »), voire un alto et une guitare classique (cordes nylon !). La sauce n’est pas toujours très originale mais le regard est intéressant, le tout au service d’un album en partie conceptuel relatant la vision d’un dieu de passage sur Terre.

Que du bon ? Pas loin. La production, intense, présente le gros mur de guitares attendu dans ce style, solide et très compact. Le chant est bien posé et la section rythmique à sa place dans le spectre, le tout restant très homogène. Les morceaux, variés et distincts, montrent une certaine maturité dès la première écoute, sans pour autant cacher une certaine parenté entre eux. Les regrets viennent en fait plutôt du chant et des solos : Sebastian, très à l’aise partout ailleurs, fait preuve d’un réel manque d’assurance sur la ballade qu’est « Cosmic Revelation », et est absent des deux autres morceaux dits modérés de l’album. Les textes abordent dans l’ensemble des thèmes par trop communs dès que l’on parle metal : « ils » ont fait du mal, « ils » vont payer (« Vengeance is Mine »), l’inévitable angoisse face à la peine de mort (« Deathrow League ») autant que divers désespoirs … Côté guitaristique, on aurait aussi apprécié quelques envolées supplémentaires qui auraient ajouté un certain éclat à ce pavé de la scène norvégienne, qui ne manque certes pas de poids mais parfois de lumière.

Avec son atmosphère « Ride The Lightning : 18 ans après » et son côté « je ne renie pas Maiden, mais t’as écouté Annihilator ? », Griffin n’a pas à proprement parler sorti un album de progressif. Mais on retrouve dans ce disque de véritables ambiances que les amateurs de progressif-agressif sauront apprécier.

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