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21 Juin 2005

Dream Theater

Octavarium

par Florian Gonfreville

 

Les précédents albums de Dream Theater, ceux qui ont suivi Scenes From a Memory, ont suscité une violente controverse : signe de la passion générée par le groupe auquel le progressif doit une partie de sa renaissance depuis la dernière décennie. Les musiciens ont perdu des fans de la première heure mais gagné d’autres publics, et bon an mal an toujours vendu en France le même nombre d’albums, en des quantités dix fois supérieures à la moyenne du genre.

A événement exceptionnel, traitement particulier : plutôt qu’une double chronique comme nous en rédigeâmes pour Train of Thought voilà deux ans, c’est à une descente de gamme commune autour de la chronique de Rémy Turpault - dont la notation est rappelée en pied de chronique, comme habituellement, et donc après celle des autres chroniqueurs - que la Rédaction s’est attelée, pour mieux cerner cet album.

Florian Gonfreville
Rédacteur en Chef


 

Après le médiocre Train of Thought, on pouvait attendre tout et n’importe quoi de la nouvelle livraison de Dream Theater. Les New-Yorkais allaient-ils persévérer dans la voie métallique, revenir sur leur pas, ou au contraire s’essayer à de nouveaux registres ? Le groupe semble avoir choisi un compromis entre ces trois options, proposant ainsi un nouvel album aussi hétéroclite que pouvait l’être Six Degrees Of Inner Turbulence.

Le morceau d’introduction « The Root Of All Evil » se charge de faire le lien avec Train Of Thought : le propos est clairement typé metal, mais le titre est assez concis et contient peu de démonstration technique. Ce dernier constat se vérifie d’ailleurs sur la majeure partie de l’album comme si les instrumentistes, trop enclins à la démonstration stérile sur leur production précédente, avaient décidé cette fois de corriger le tir. Cette sobriété leur réussit, et permet quelques titres assez directs et accrocheurs comme l’excellent « These Walls ».

L’album marque également le retour des ballades façon Falling Into Infinity, pour le meilleur et pour le pire. Le meilleur est à chercher du côté de « I Walk Beside You » qui, malgré une forte référence à U2 sur le refrain, est un single potentiel extrêmement bien ficelé. Quant au pire, il est représenté par « The Answer Lies Within », vilaine ritournelle aux mélodies insipides et aux textes abyssaux : du Robbie Williams en puissance !

Les six premiers titres multiplient donc les directions musicales, ce que l’on pourra apprécier ou déplorer. On s’inquiètera en revanche des passages où le groupe, trop influencé par d’autres artistes, perd totalement son identité : l’exemple le plus flagrant est « Never Enough », sur lequel le quintette singe Muse.

La fin de l’album privilégie un registre plus purement progressif, avec deux longs titres emphatiques et agrémentés d’arrangements orchestraux. Si « Sacrificed Sons » est un morceau correct quoiqu’un peu long, la véritable surprise provient d’ « Octavarium ».
En effet, le titre qui donne son nom à l’album est sans doute ce que Dream Theater a réalisé de meilleur depuis Scenes From A Memory. En l’espace de vingt-quatre minutes, cette suite parvient à résumer trente ans de musiques progressives. La première moitié du morceau est clairement ancrée dans les années soixante-dix, avec Pink Floyd, Genesis et Yes en ligne de mire. S’ensuit un passage aux colorations néo-prog mené par Jordan Rudess avant un retour à un registre plus agressif. Entre temps, DT aura réussi à placer l’un de ses meilleurs passages instrumentaux à ce jour, très démonstratif mais réfléchi, et parfaitement intégré au morceau.

Octavarium est un album inégal et hétérogène. Toutefois, il contient suffisamment d’excellents moments pour surpasser ses deux prédécesseurs et prouver que Dream Theater n’est pas artistiquement mort. A défaut d’être un chef d’œuvre, il relève donc la pente de belle manière.

Rémy Turpault



 

Dream Theater s’embourbe, s’enlise, ne sait plus à quels saints se vouer. « Mais qu’allons nous faire cette fois », ont dû se dire Mike Portnoy et John Petrucci, les bras chargés de dizaines d’albums d’artistes divers à faire écouter aux autres dans ‘linspiration cornerOctavarium n’est pas mauvais, tant s’en faut ! Mais malgré le réussi «Octavarium», il reste très inégal et ne restera pas dans les mémoires. On a la très nette impression que les multiples influences que l’on perçoit tout au long de l’album empêchent Dream Theater d’être lui-même. A croire que le groupe a fini par tout dire avec son Scenes From a Memory et qu’il fait depuis du sur-place, voire recule. 

Initiateur d’un genre qui a revigoré le progressif il y a une dizaine d’années, Dream Theater est sur le déclin à l’instar d’autres «gloires» des années 1990, tels Neal Morse et les Flower Kings. Même s’ils restent de gros vendeurs, une nouvelle génération de musiciens les a remplacés et les relègue gentiment au rang de has-been. L’incroyable foisonnement de sorties tous azimuts de ces six premiers mois de l’année vient le prouver.

Jean-Daniel Kleisl



 

Dream theater semble, dans sa logique de sortir des albums sans relâche tous les deux ans, se lover dans une routine confortable où surprendre l’auditeur et dépasser ses limites n’est plus de mise. Depuis le mal aimé Six Degrees Of Inner Turbulence, contenant les dernières prises de risque du groupe mais aussi quelques relents des médiocrités à suivre, les musiciens se contentent de composer à la chaîne et de façon trop lourdement inspirée souvent. N’ont ils plus rien à dire musicalement ? Ont-ils atteint leurs limites ? 

Octavarium, s’il est beaucoup plus agréable d’écoute que son prédécesseur, semble répondre tristement par l’affirmative à ces deux questions. Non que la musique ne soit bonne, ni mal faite ou bâclée, mais les meilleurs moments du disque ne sont tout simplement pas à mettre sur le compte du groupe, tant les influences sont palpables et évidentes. Entre Muse, U2, Pink Floyd ou Genesis, voici un florilège de styles hétéroclite aux inspirations non dissimulées. Que reste-t-il ? De bons morceaux, bien exécutés, touchant parfois à la perfection (« Octavarium » !), mais qui ne contiennent en aucune façon l’âme de leurs « créateurs », une sorte d’usurpation, en fait. Il sera donc dur à ceux possédant une culture musicale assez vaste de passer outre ce petit détail. Les autres : écoutez le avec plaisir en attendant de réviser vos classiques.

Justin Poolers



 

Est-il vraiment besoin de palabrer sur un disque qui, encore une fois, trouvera grâce aux yeux des fans acharnés de Dream Theater ? Il fut un temps où ces remarquables musiciens savaient parfaitement digérer leurs influences pour se les approprier et en faire un style unique, auquel tout le monde fait référence depuis Images & Words. Aujourd’hui, le quintette ne se donne plus cette peine, pompant sans vergogne les idées des autres, allant presque jusqu’à les claironner largement.

L’éponyme « Octavarium », s’il reste le titre le plus honorable de ce disque avec « These Walls », montre clairement cet état de fait : Genesis, Pink Floyd, Yes, même Mullmuzzler et… Dream Theater, repiquant quelques passages de « A Change Of Seasons » et Scenes From A Memory, tels sont les noms qui viennent obligatoirement à l’esprit. Excuse facile du simple hommage à ses influences ? Avouez qu’en plus des concerts tributaires où le groupe reprend intégralement un album d’un artiste fondateur, ça commence à faire beaucoup ! Simple carence artistique ? Etant donné le nombre d’idées étalées durant ces vingt-quatre minutes (à peu près cinq fois moins qu’ « ACOS » à durée égale), on aurait tendance à choisir cette hypothèse… D’ici quelques années, il se pourrait que Dream Theater ne produise que des albums « dans le style de… », tout en offrant, à l’instar d’un Musical Box, des représentations live dédiées à ses groupes fétiches. A force de jouer les caméléons, on finit par perdre son identité.

Greg Filibert



 

Fidèles à eux-mêmes, les américains de Dream Theater opèrent une fois de plus un virage serré, exercice auquel ils ont habitué leurs fans depuis leur tout premier album. Néanmoins, il faut remonter à Scenes From A Memory pour trouver le dernier album “pur jus” du groupe, les suivants étant empreints d'influences évidentes, clairement affichées par ailleurs. Octavariumpoursuit dans cette voie, piochant tout autant dans le rock progressif classique que dans la pop musclée. Dream Theater donne dans le Muse ? Soit. C'est d'autant moins dérangeant que Muse n'a rien inventé, loin s'en faut. Dream Theater donne dans le U2 ? Qui s'en formaliserait si c’est avec autant de brio ? 

Plus que ces quelques défauts, on peut retenir de nombreuses qualités : James Labrie a rarement autant modulé son chant, Jordan Rudess se décide enfin à sortir de sa palette très limitée de sonorités, les vaines démonstrations techniques omniprésentes depuis Scenes From A Memory ont disparu et le titre “Octavarium” constitue de par sa fluidité et sa richesse un plat de résistance digne de “A Change Of Season”.

Octavarium est un album qui risque bien plus de réconcilier Dream Theater avec les – nombreux – détracteurs de Train Of Thought que de diviser encore davantage les – nombreux – fans qui lui restent.

Jean-Philippe Haas


 

Du beurre dans les épinards ? Dream Theater chercherait-il enfin, après deux albums qui ont suscité débats et polémiques, à s’assagir et revenir en terrain conquis sur la planète Fan ? La question peut se poser en ces termes. Qu’on ait aimé ou pas Six Degrees Of Inner Turbulenceet Train Of Thought, que ceux qui pensaient que Portnoy et Cie . avaient purement et simplement renié leur racines soient rassurés.
Relativisons cependant : “The Root Of All Evil“ est l’exemple type du morceau polémique : il inscrit dans la trilogie ouverte avec “The Glass Prison“, poursuivie ensuite sur “This Dying Soul“. Le concept de l’auto-plagiat qui reprend dans un nouveau titre le thème d’un morceau déjà existant, perd cependant son capital sympathie passées les premières trente secondes, l’effet de surprise disparaissant, rendant le titre redondant alors qu’il contient de bonnes idées. Est-ce que ce genre de procédé serait annonciateur d’un manque d’inspiration, au même titre que les paroles d’“Octavarium“ où sont cités les plus grands hymnes de l’histoire du rock et du metal progressif ? La ballade « U2ienne » “I Walk Beside You“ vous ramène (avec succès) à l’époque Falling Into Infinity au même titre que “The Answer Lies Within“, fadasse au possible. 

Quelle est au bout du compte, la véritable originalité de cet album ? Peut-être le fait que Dream Theater ne cherche plus à cacher ses influences. Celle de Muse par exemple frappe tant sur les excellents “Never Enough“ et “These Walls“, qu’elle appelle la question du possible manque d’inspiration. Un culot qui n’a pas fini d’alimenter les discussions des pros & antis !

Alors oui, cette nouvelle livraison ne déroge pas à la ligne de conduite de Dream Theater : jamais deux fois le même disque. Effectivement, de nouveaux horizons musicaux sont explorés avec plus ou moins de réussite. Saluons aussi le retour en grâce de Jordan Rudess, aux abonnés absents sur Train Of Thought, omniprésent sur Octavarium, et de James LaBrie qui retrouve enfin de vraies mélodies de chant, tandis que John Petrucci et Mike Portnoy sont moins démonstratifs que par le passé. On notera même un solo de Myung ! La démarche est louable mais à l’écoute du résultat final sali au possible par une production, manquant de clarté, reste à l’esprit ce goût d’inachevé. C’est frustrant, car on attendait (encore !) le digne successeur de Scenes From A Memory et l’on n’a, au final, qu’un album de plus dans la discographie du Théâtre Onirique. Dommage, vraiment.

Dan Tordjman

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