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14 Septembre 2011

Opeth

Heritage

par Renaud Besse Bourdier

Que se passerait-il si l’on essayait de mélanger du hard rock à la sauce seventies, avec un grand groupe de metal progressif suédois comme Opeth ? La réponse à cette improbable question se trouve dans le dixième opus de la troupe de Mikael Åkerfeldt. Le leader avait d’ailleurs prévenu la presse, Heritage s’éloigne de la recette qui a fait le succès du groupe. Rien que l’illustration le signale assez clairement… on est loin des ambiances sombres et glauques d’un Watershed ou d’un Blackwater Park.

Verdict après écoute ? Le style est différent, mais la patte Opeth est bien présente, et plutôt reconnaissable. L’intro au piano et le premier morceau, « The Devil’s Orchard », ne dépayseront pas trop les aficionados… jusqu’à un certain point. Pas de growl, une reverb à l’ancienne bien sale sur le chant, des guitares et claviers à la sauce Deep Purple, et surtout un petit passage cinglé de la section rythmique sonnent l’air du changement.

Voilà d’ailleurs une des forces majeures de l’album : les deux Martin, à la basse et à la batterie, sont plus présents que jamais, avec un groove libéré de toutes contraintes dans des passages épurés très plaisants (« I Feel The Dark », « Famine »), et même sur d’autres pistes plus énergiques (« The Lines In My Hand »). Toujours est-il que ces instants très planants sont omniprésents sur Heritage et ont le mérite d’être assez variés : on passe de lignes de batterie survoltées (« Nepenthe »), à des arpèges explosifs (« Haxprocess ») ou encore à un jeu de piano minimaliste (« Famine »), et ce, sans aucun complexe.

A l’image d’un autre groupe suédois (Pain Of Salvation, pour ne pas le citer), Opeth a su s’inspirer des années soixante-dix sans copier ; et si à la première écoute, on peut se sentir un peu dépaysé, force est de constater qu’Heritage rappelle Damnation dans ses sonorités (seul album d’Opeth avec celui-ci à ne pas comporter de growl), mais un Damnation sous acide. On repère d’ailleurs très vite les influences ; « Famine » rappelle Jethro Tull et ses solos de flûte, « Slither » fait dans le rock pur et dur à la sauce Deep Purple/Iron Maiden, tandis que « Nepenthe » semble être un vibrant hommage à Steve Vai et sa folie musicale. L’avant-dernière piste de l’album, « Folklore », concentre toutes les qualités des morceaux précédents en huit minutes et offre un final épique avant de refermer le couvercle calmement avec les douces mélodies de « Marrow of The Earth ».

Seulement voilà, Heritage n’est pas parfait. Certes, de nombreux passages sont excellents, mais l’absence de construction des morceaux risque d’en perdre plus d’un. L’album manque quelque peu d’accroche (des pistes telles que « Slither » et « I Feel The Dark » par exemple, n’ont rien de remarquable), et il faut réellement de nombreuses écoutes pour apprécier toute sa saveur... Sans compter évidemment que l’absence de growl et de riffs violents caractéristiques désolera sûrement une partie des fans, tandis que d’autres se réjouiront de cette prise de risque.

Au-delà de ces remarques, il ne faut retenir que l’essentiel : Heritage est un album novateur à ne pas manquer. Il fera certainement beaucoup de bruit dès sa sortie, en ce mois de Septembre surchargé pour les fans de musique progressive.

Commentaires 

#1 David 14-09-2011 13:05
Novateur pour le groupe peut être, mais est-ce vraiment un bon album de hard rock ? Pain of Salvation m'avait vraiment dégouté avec Road Salt, du coup j'ai peur de retrouver les mêmes défauts ici : un exercice "rafraichissant" mais pas forcemment très pertinent musicalement, et un peu caricatural. La chronique m'a donné envie de l'écouter donc de toute façon je me ferrai une idée par moi même, mais j'ai un peu peur d'être déçu.
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#2 Renaud Besse 14-09-2011 16:27
ce n'est pas un album de hard rock, c'est du opeth hard rock ;-)

et je ne comprends vraiment pas ce qui a tant choqué les gens avec Road Salt... c'est pareil, ça reste très franchement du Pain Of Salvation, avec des nouvelles influences certes, un esprit plus crade, terreux.
Il faut croire que je dois être marginal pour être fan de Road Salt^^
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#3 CHFAB 14-09-2011 19:12
Si cet album est novateur, c'est effectivement de par ses sonorités, 70 décomplexées; guitares plutôt stoner, claviers analogiques à souhait, mellotrons en tête, paire rythmique franchement formidable, très groove et jazz, et ça ça fait du bien. Par contre, en effet, ça reste du Opeth tout craché. C'en est même un peu agaçant, car je trouve que le groupe stagne depuis son album précédent. ça manque d'audace,de surprise, le terrain est très balisé de ce point de vue. Et la voix de Akerfeldt a tendance à tirer vers le mielleux, à vouloir faire joli, ce qui me dérange. Il gagnerai à la dépouiller de toute velléité romantique, à mon avis, en cherchant dans une direction plus pop finalement, à l'instar d'un Bruce Soord ( The Pineapple Thief) ou un Steven Wilson, qui, lui, progresse franchement (son dernier album est une merveille, et on neva pas tarder à le voir chroniqué un peu partout, notamment ici, j'en suis sûr...bref, pour rassurer les méfiants, les adorateurs d'Opeth vont...adorer!
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#4 CHFAB 14-09-2011 19:15
oui, j'ai oublié de préciser que c'était les compos qui manquanient un peu de renouvellement, souvent les mêmes plans, les mêmes mélodies, les mêmes vocalises, et Opeth devrait prendre gare à ne pas s'auto-parodier à l'avenir du coup...euh voilà, c'était tout...
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#5 Renaud Besse 14-09-2011 19:30
Citation en provenance du commentaire précédent de CHFAB:
un Steven Wilson, qui, lui, progresse franchement (son dernier album est une merveille, et on neva pas tarder à le voir chroniqué un peu partout, notamment ici, j'en suis sûr...)


Oh mais oui, ne t'inquiète pas, la chronique est prête ;-)
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#6 turtle! 15-09-2011 22:30
je trouve que la chronique sous estime complètement la puissance de cet album!
Au contraire, 2 écoutes ont suffi à m'emporter complètement, the devil's orchard, haxprocess, nepenthe, ...tout est d'une cohérence, d'une émotion, et d'une précision planante...
les envolées de haxprocess sont juste hallucinantes. Forcément rien est parfait en musique, mais j'ai rarement vibré à ce point à l'écoute d'un album.
Voilà c'était mon cri du coeur 2011 :)
Ma seule crainte est le rendu de certains titres en concert, the devil's orchard va déboiter, les autres on vera bien en novembre :)
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#7 Aveuh 16-09-2011 12:23
turtle > faut quand même avouer qu'il ne va pas plaire à tout le monde. Et en tout cas que c'est le genre d'albums qui nécessitent un certain nombre d'écoutes avant de se dévoiler complètement à l'auditeur :)
Après j'ai accroché aussi à la première écoute, j'ai trouvé ça complètement barré de leur part, avec une prod ... étrange, mais plutôt attirant et intéressant.
Maintenant j'attends mon édition limitée :D
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