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06 Mars 2007

Neal Morse

Sola Scriptura

par Christophe Gigon
Quatrième album solo pour le divin Neal Morse (jeu de mot facile de l’auteur) depuis son départ de Spock’s Beard après le remarquable Snow en 2002. Certes, avant Testimony en 2003, Neal Morse, encore dans Spock’s Beard, pouvait déjà se targuer de deux albums « pop » à son actif. Même si ceux-ci étaient plutôt bons, on était plus près des Beatles ou de Crowded House que du progressif débridé auquel l’équipage de Spock nous avait habitué. Il est donc courant de considérer Testimony comme le premier véritable album de Neal Morse et Sola Scriptura comme le dernier en date. Et là l’auteur omet volontairement de relever la pléthorique offre de disques compacts fleurissant sur le site du bonhomme.

Dire que notre ami est prolifique serait un doux euphémisme. Hyperactif, boulimique et (parfois) saoulant semblent de meilleurs qualificatifs. On avait déjà eu l’occasion de remarquer que Neal Morse refaisait du Spock’s Beard sans Spock’s Beard avec la facilité déconcertante que tous lui concèdent. Rien d’étonnant à cela puisque celui-ci était déjà responsable du quatre-vingt-dix pour cent des compositions du groupe. Ses ex-comparses le reconnaissent de bonne grâce et continuent leur route en empruntant des chemins moins tortueux mais non moins intéressants (voir le dernier album éponyme du groupe).

D’emblée il faut rassurer le fan de Neal Morse : notre ami est égal à lui-même et n’a en rien édulcoré son propos musical flamboyant. Et c’est une manière politiquement correcte d’avouer qu’il est bien difficile de dire ce que cet album ajoute aux trois autres (NdR : musicalement parlant parce qu’en ce qui concerne les textes, c’est un nouveau pan de l’exégèse biblique qui nous est ici contée, celui de la Réforme, d’où le titre de l’album. Pour les chrétiens réformés, seuls comptent les écrits bibliques).

Procédons par étape puisqu’il s’avère peu aisé de chroniquer une somme comme Sola Scriptura. Tout d’abord, le disque se compose de quatre titres dont deux de plus de vingt-cinq minutes, un de quinze minutes et un (court) titre de (seulement) cinq minutes. Soixante-quinze minutes de musique nouvelle et débridée à analyser ! Trois morceaux épiques et grandiloquents dans la grande tradition « morsienne » et une balade gentillette quelque peu mal à propos (« Heaven in my Heart »). Si Testimony avait rassuré les fâcheux déçus du divorce, One enfoncé le clou et ? (The Question Mark) parachevé de convaincre de l’autonomie de l’ancien capitaine Spock, que dire de Sola Scriptura ? Que le bilan est mitigé. Commençons donc par le positif : au rayon nouveautés il faut saluer le travail remarqué du guitariste officiant sur cet album en sus de Neal Morse lui-même qui n’est déjà pas novice en la matière. Un son de guitare bien plus « hard » que celui auquel nous avait habitués Mr Morse sur ses albums précédents. Rien que grâce à elle, on a l’impression d’entendre un nouveau groupe. Plus proche de Dream Theater que de Spock’s Beard en fait, ce qui indique une évolution par rapport aux trois disques (jumeaux) précédents. Cet exceptionnel guitariste n’est pas un inconnu. Loin s’en faut, il s’agit du célèbre Paul Gilbert qui avait jadis officié dans un groupe américain alors assez connu : Mr Big. Rassurez-vous, le disque de Neal Morse n’a subi aucune influence « Hair Metal Eighties » de mauvaise facture ! Les autres musiciens sont les mêmes que sur les précédents albums, à savoir Mike Portnoy (de Dream Theater) aux fûts et Randy George à la guitare basse. Neal Morse s’occupant du reste avec brio comme à son habitude. Autre point positif : un son plus agressif, une ambiance plus sombre et quelques traits de génie nous rappelant les premiers Spock’s Beard (The Light, Beware of Darkness ou encore The Kindness of Strangers). A cet égard, le morceau de guitare classique couplé à un flamenco fou au milieu de la suite « The Conflict » est une réponse au Señor Velasquo dans « The Light ». Les textes d’obédience chrétienne sont intéressants et apportent leur lot d’informations historiques. Ce point n’est pas négligeable. Des textes chargés de sens soutenus par une musique progressive, voilà bien une vraie musique d’intellectuels, non ? (« rires »).

Au rayon des points négatifs, il faut malheureusement admettre que ce disque, bien qu’excellent de bout en bout comme tout ce que touche le génie américain, n’apporte pas vraiment son lot de touches originales (sous réserve des points susmentionnés naturellement). Mettre une note d’originalité n’est donc point chose aisée car, d’un côté, Neal Morse pratique bien une musique originale puisqu’il est le seul à créer cette alchimie « chrétiennoprogressive » qui lui est propre mais, d’un autre côté, les disques se suivent et… se ressemblent ! Les fans de Neal Morse (dont votre serviteur fait partie) passeront encore de bien belles soirées le casque vissé sur les oreilles. Les autres continueront d’ignorer superbement « ce monsieur qui fait toujours les mêmes disques ». Neal Morse serait-il victime du syndrome Roine Stolt ?

  • Année: 2007
  • Label: InsideOut Music

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