Interview

IQ

15 Mai 2014

La route continue

par Raphaël Dugué

A l’occasion de la sortie de The Road of Bones, dixième album d’IQ, dont la carrière a débuté il y a déjà plus de trente ans, l’équipe Chromatique a eu l’occasion de s’entretenir Michael Holmes, le guitariste et l’un des membres fondateurs du groupe.

Chromatique: Comment s’est passé l’enregistrement de The Road of Bones ? Neil Durant et Tim Essau ont-ils été impliqués lors de l’écriture ?

Michael Holmes : L’enregistrement s’est bien passé, cela fait plusieurs années que nous travaillons avec Rob à Aubitt studios et nous avons toujours une bonne entente professionnelle. En ce qui concerne The Road of Bones, on peut dire que j’ai écrit la plupart du matériel même si tout le monde a pu être impliqué dans le processus créatif. Tim a clairement pu mettre sa patte sur ses parties de basse et Neil s’est impliqué dans les arrangements et les sonorités.

Que signifie le titre ? Y a-t-il un concept derrière l’album ?
The Road of Bones n’est pas un concept album, il n’y a pas d’histoire unique qui s’étende sur tout l’album, même s’il conserve une unité thématique cohérente. Le morceau « The Road of Bones » parle d’un tueur en série qui maintient une petite ville dans la peur. Il savoure le pouvoir qu’il possède sur la population et, au fur et à mesure qu’il progresse, il laisse une trace derrière lui en construisant une route à l’aide des os des cadavres de ses victimes.

The Road of Bones a une ambiance plus sombre que vos précédents albums, y a-t-il une raison à cela ?
Je pense que cela correspond à la période dans laquelle nous étions à ce moment-là. En ce qui me concerne, c’est important d’être aussi honnête que possible quand on écrit de la musique, elle doit refléter les pensées et les émotions que l’on traverse lors de l’écriture. Je ne vois pas l’intérêt d’écrire une musique qui ne vienne pas entièrement de soi. Certains musiciens composent dans un style en particulier parce qu’ils comptent faire de l’argent avec la dernière tendance à la mode, ou parce qu’ils pensent que les maisons de disques recherchent quelque chose en particulier, mais en ce qui me concerne c’est l’équivalent d’écrire sous la contrainte et je ne souhaite pas que la musique de IQ soit ainsi.

L’édition spéciale comprend un disque bonus. Que trouve-t-on dessus ?
En général quand nous travaillons sur un album, nous écrivons bien plus de matériel qu’il n’est nécessaire. Nous choisissons les morceaux afin que l’album ait une cohérence du début jusqu’à la fin, et qu’il ne soit pas seulement une succession disparate de morceaux.

Cette fois, nous avions beaucoup de nouvelles compositions et j’ai pensé que c’était une bonne idée d’inclure les morceaux qui n’ont pas été retenus sur l’album (pour quelque raison que ce soit) sur un second disque, afin que chacun puisse entendre ce sur quoi nous avons travaillé pendant l’année. Ce sont de nouveaux morceaux, écrits en même temps que ceux qui se trouvent sur le disque mais qui ne s’intégraient pas vraiment avec le reste.

Vous n’avez pas réellement changé de formule depuis la sortie de Ever, est-ce que tu penses que IQ a trouvé la bonne recette ?
Je ne sais pas trop quoi répondre. Comme je l’ai dit précédemment, nous écrivons nos morceaux avec nos émotions plutôt que d’honorer une commande… Nous essayons toujours de faire des albums qui soient un peu différents des précédents, mais il est inévitable que nous gardions le son d’IQ.

Pendant longtemps le rock progressif était plutôt mal perçu, il semble que cela ait changé ces dernières années. Qu’en penses-tu ? As-tu perçu un changement en ce qui concerne IQ ?
Oui je pense qu’il y a eu du changement dans l’opinion par rapport au rock progressif. Cela me parait beaucoup plus sain qu’il y a dix ans… On ne se sent plus coupable d’aimer le prog, on peut porter un t-shirt avec fierté sans avoir peur des moqueries…
L’attitude envers la création musicale en général semble avoir changé, il en résulte que les genres et les sonorités se mélangent d’une façon positive. Cela a donné lieu à des choses très intéressantes dans le milieu du prog.

Que tu penses-tu de la scène progressive contemporaine ?
Malheureusement je n’ai pas l’occasion d’écouter autant de musique que j’aimerais, mais j’essaie d’écouter autant que possible de nouveaux groupes. Nous avons pas mal d’artistes qui nous envoient leurs démos via le site internet de Giant Electric Pea (ndlr. le label d’IQ créé en 1994 par Michael Holmes et les membres d’IQ) donc en tant que directeur de GEP j’ai l’occasion d’écouter de nouveaux artistes de cette façon-là. Il y a des groupes intéressant qui arrivent en ce moment.

Lors de notre dernière interview, tu as dit que le projet de biographie du groupe était en pause, avez-vous eu le temps de travailler dessus ?
Le projet est toujours dans les tuyaux, mais nous n’avons malheureusement pas eu le temps de travailler dessus récemment. J’aimerais faire une sorte de biographie augmentée avec des CD d’enregistrement live et studio illustrant les différents chapitres du livre. Mais je ne sais pas si c’est réellement faisable.

Quels groupes ou artistes écoutes-tu en ce moment ?
En toute sincérité, je n’écoute pas vraiment beaucoup de prog quand j’ai du temps libre, en particulier quand je compose ou quand j’enregistre au même moment. En général j’aime écouter des choses qui me reposent, par exemple de la musique classique (Vaughan Williams) ou peut-être Ella Fitzgerald dont les albums de la série « Songbook » sont formidables. Pour quelque chose d’un peu plus rythmé j’ai bien peur d’avoir toujours un certain goût pour la hard house ou la trance… ce n’est peut-être pas ce que les lecteurs ont envie d’entendre mais c’est le cas.

Peux-tu nous parler un peu de Giant Electric Pea dont tu es le directeur? Pourquoi avoir choisi de créer votre propre label pour IQ en 1994 ? Qu’est ce qui a changé en vingt ans pour GEP ?
Après notre expérience avec nos deux albums chez Phonogram dans les années quatre-vingt, nous avons senti qu’il était important de garder le contrôle de ce que nous faisions et comment nous le faisions. Avoir notre propre label avec une bonne distribution et une bonne communication est excellent pour faire en sorte de sortir les albums que nous voulons, au moment où nous le voulons et dans le format que nous souhaitons
La principale différence pour GEP en ce moment, est le nombre d’artiste à la recherche de contrats dans le milieu du prog. La plupart des gens pense que si tout le monde peut enregistrer de la musique dans sa chambre, personne ne recherche de maisons de disques, mais ce n’est pas le cas. Il semble que le rock progressif ait encore de longues années devant lui…

Interview réalisée le 02 mai 2014

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