Dossier

Galileo Prog Days

02 Décembre 2009

Galileo Prog Days

par Jean-Daniel Kleisl

FESTIVAL : GALILEO PROG DAYS

  Lieu : Z7, Pratteln (Suisse)
Date : 7 & 8 novembre 2009
Photos : Christophe Gigon, David Bouvet et Claude Wacker (www.docker.ch)

Première édition pour ce festival dédié à la musique progressive qui remplace ainsi le feu Progsol. Patrick Becker, patron du label helvète Galileo Records, a mis sur pied ces deux soirées qui ont permis de constater la débrouillardise sur scène des formations qu’il intègre dans sa prestigieuse écurie. Sept groupes se sont ainsi partagé l’affiche devant un public malheureusement bien clairsemé. Dommage, une fois de plus, une organisation optimale couplée à une programmation (trop ?) audacieuse n’aura pas suffi à déplacer les foules, probablement avachies devant leur petit écran…

Samedi 7 novembre

Daedalus

Des Italiens qui proposent un metal progressif de facture ultra-classique, histoire de ne pas se mettre à dos les amateurs de Dream Theater et Symphony X. Pour la petite touche d’originalité, on repassera ! La formation transalpine se contente d’une musique parfaitement clonée et formatée, heureusement exécutée avec brio et efficacité. Leur seule incursion en terrains mouvants reste l'interprétation d’un titre (« Mare di stelle ») dans la langue de Dante. Las, parvenant à oublier l’espace d’un instant la bande à Mike Portnoy, c’est pour mieux se rappeler au mauvais souvenir des pires moments de PFM. Leur premier album The Never Ending Illusion proposant, du reste, une magnifique illustration de pochette créée par Mark Wilkinson lui-même, est massivement représenté sans que l’exécution de celui-ci ne déclenche l’enthousiasme des foules. Une musique irréprochable dans sa forme, mais passablement discutable dans son essence même. Le public a-t-il véritablement besoin de tant de rejetons du Théâtre des rêves ? Ces groupes font-ils vraiment rêver ?

Metamorphosis

Jean-Pierre Schenk, le leader helvète de Metamorphosis, n’en revient pas : son band va dans quelques instants jouer sur les planches de la mythique scène du Z7, sur laquelle il a vu s’exposer tant de ses groupes fétiches. Cette fois, ça y est, c’est son tour, et il ne va pas se laisser gâcher ce moment magique par une fréquentation quasi désertique. La tête pensante a donc dû constituer un « vrai » groupe puisque Metamorphosis, à l’instar des débuts de Porcupine Tree (grande influence du Suisse), constitue davantage un projet solo agrémenté de « visites de courtoisie » d’autres musiciens qu’une formation stable. L’équipe de fines gâchettes ainsi formée n’a pu que fort peu se rôder. Il s’agit donc ce soir d’un baptême du feu pour les Biennois.

Autant dire que Jean-Pierre Schenk n’a pas lésiné. L'auditoire a eu droit à une configuration de type « Class A » avec les deux excellents guitaristes (occupant parfois la basse l'un et l'autre) Olivier Guenat, le Yngwie Malmsteen de la Confédération qui déploie ses soli bien sentis sur les derniers albums, et Giova Esposito, au genre plus aérien et « progressif ». Plusieurs claviéristes et un batteur complètent la troupe. Le maître de cérémonie se réserve quant à lui le rôle du frontman, délaissant ainsi ses attributs que sont la batterie et les claviers pour affronter enfin son public.

L’exigence sonore du dernier album, Dark est au rendez-vous malgré un volume trop élevé qui noie la voix dans une « bouillabaisse » sonore de mauvais aloi. Peu à peu, les choses se mettent toutefois en place. Certes, Jean-Pierre Schenk, s’il est très grand, ne possède ni le charisme de Fish ni la folie gesticulatoire de l’autre géant du rock, Peter Garrett (Midnight Oil). Il apparaît davantage comme emprunté, attitude due au stress et à l’émotion, comme il l’avouera lui-même. Un concert finalement exemplaire qui convainc les mélomanes ignorant tout de l’existence de ce « Pink Floyd des Alpes ».

Simon Says

La tête d’affiche en provenance de Scandinavie est surtout réputée pour ses deux derniers excellents disques publiées en 2001 pour Paradise Square et l'année passé pour Tardigrade, ainsi que ses multiples participations aux projets rarement folichons de l'association Musea et Collossus bien connus des aficionados. Le style dans lequel évolue Simon Says se présente comme résolument classique : Yes et Genesis pressés jusqu’au jus et réinjectés dans un nouveau fruit typiquement suédois, à l’instar des Flower Kings et autres Beardfish. Le son rend honneur aux compositions ambitieuses de Stefan Renström et consorts, qui peinent cependant à transporter véritablement l'auditeur par le biais des mélopées exigeantes de ces musiciens venus du froid. Il s'agit d'être franc, Simon Says souffre peu ou prou du « syndrome Flower Kings », qui consiste à proposer une musique méthodique, complexe et bavarde. Si elle séduit assez facilement sur disque, elle manque singulièrement de charisme sur scène.

A dresser le bilan de cette première partie de festival, il apparaît comme évident que les trois prestations ont manqué de folie et d'émotion au détriment d'un professionnalisme de haute tenue mais sans chaleur. Le rock progressif ne se résume certainement pas à une ode pour les spécialistes du genre qui se doit de combler les seuls musiciens, mélomanes et autres « esthètes ». Il ne faudrait pas oublier que la simplicité, alliée à une volonté de rencontre, reste ce qui provoque l’enamourement d’un artiste avec son public. Petite pensée émue aux trop vite disparus Liquid Scarlet, au sensuel Gazpacho ou aux incroyables Gens de la Lune fraîchement formés pour convaincre l'audience généraliste qu’une musique à l’ossature impressionnante n’est que coquille vide sans cœur qui l’anime. Nulle intention de jeter le bébé avec l'eau du bain, car heureusement Metamorphosis et Simon Says, dans une moindre mesure, sont parvenus en de trop rares occasions à nous faire sentir vivants. Impression murmurée par un Pierre-Yves Theurillat, chanteur de Galaad et de L’Escouade, présent ce soir-là lorsque les lumières se sont éteintes.

Dimanche 8 novembre

Starfish Prime

La soirée de dimanche devait être initialement consacrée au (prog') metal avec Prisma en tête d’affiche. Or le groupe suisse se produisant au même endroit deux jours plus tard, en première partie de Riverside, finit par décliner l’invitation et se voit remplacé quasi au pied levé par Lazuli. Trois groupes inconnus et l'un des « ténors » français d’un genre devenu confidentiel ne suffiront pas toutefois à attirer le public, encore moins nombreux que la journée précédente dans cette grande salle du Z7.

Les Italiens de Starfish Prime entament la soirée avec leur metal progressif efficace. Les ex-Heart of Sun reprennent en partie d'anciens morceaux de leur disque éponyme ainsi que de nouvelles pièces écrites pour l’occasion, voire pour un futur l’album. La prestation est solide et sans bavure, le son excellent (normal, c’est le Z7) et les Transalpins semblent plus à leur aise que lors de leur prestation du Progsol en 2007. Il n’en demeure pas moins que leur prog' metal joué avec application ne révèle aucune originalité et se contente de copier de plans et des thèmes maintes fois entendus ailleurs.

This Misery Garden

Mélange de post-hardcore à la Isis et de metal aux structures évolutives (mais moins complexes) comme Tool, This Misery Garden est une toute nouvelle formation lancée par Galileo Records qui joue ce soir son premier concert. Another Great Day on Earth avait laissé une très bonne impression qui se confirme sur les planches. Sans aucune nervosité apparente, les Genevois reprennent solidement et avec application le répertoire de leur unique album. Le groupe s’éloigne en outre des poncifs du genre grâce à cette volonté indéniable de faire primer la mélodie sur le reste.

Cette approche très mélodique est amplifiée par la mise en avant du chant, qui dans l’esprit de Katatonia constitue le point névralgique du groupe. Steve Fari (ex-Middlecage) – qui n’a pas participé à l’enregistrement de Another Great Day on Earth – est parvenu à s’intégrer avec sa voix qui n’est pas sans rappeler celle d’Eddie Vedder (Pearl Jam). Bref, un groupe qui possède un grand potentiel à faire fructifier dans le futur.

Tangent Plane

Telle une division de Panzers qui traverse les Ardennes, Tangent Plane envahit le Z7 sans faire de quartier. L’artillerie lourde débarque avec toute la finesse d’une horde de Prussiens en rut. Durant les cinq premières minutes du show, on se prend à espérer que Tangent Plane va assurer un set forgé dans un metal progressif de facture classique mais bien en place et d’une puissance sonore remarquable. Se greffent en outre à l’habituel chant à la Dream Theater et Helloween des chœurs « industriels » gutturaux que ne ne renierait pas Rammstein ; une touche inhabituelle dans un genre pourtant sévèrement balisé. Malheureusement, cette entrée en matière positive s'avère de courte durée. Tangent Plane a interprété quasiment les mêmes plans pendant une bonne heure. Aux pièces de douze minutes avec moult shreds et autres cassures rythmiques sans queue ni tête, se succèdent des morceaux de dix-huit minutes en quatre parties qui fatiguent plus qu’ils n’attirent. A trop vouloir en faire, les Allemands perdent de vue l’essentiel : la musique. Assommant !

Lazuli

Tête d’affiche de la soirée, les Français honorent le Z7 de sa présence d’un set complet de près de deux heures malgré une assistance clairsemée mais passionnée. Porté par le son exceptionnel de la salle, le public peut apprécier à sa juste valeur une prestation très professionnelle d’une formation qui, on l’apprendra par la suite, est sur la voie de la séparation. Dès « Laisse courir » qui introduit le concert, Gédéric Byar écrase tous les autres shredders de la soirée de par sa technique et ses sonorités si particulières. Evidemment, tout ce qui fait l’originalité de Lazuli en concert et sur disque est bien mis en avant : percussions diverses (marimba, vibraphone, etc.), Chapman Stick, la voix de Dominique Léonetti et... la Léode de Claude Léonetti. Parlons-en de la Léode qui reste une des principales attractions de ce groupe hors normes, dans le sens où l’instrument occupe une grande place dans l’espace sonore de Lazuli. Était-elle surmixée lors de cette soirée ? En tout état de cause, elle écrasait la guitare de Gédéric, fait troublant qui donne l’impression que ce dernier est sous-utilisé.

Qu’à cela ne tienne, la première partie du concert emporte largement l’adhésion du public et culmine avec la superbe reprise de « Cap’taine Cœur de miel », devenue incontournable. La seconde, quant à elle, est principalement consacrée à Réponse incongrue à l'inéluctable, qui malgré toutes ses qualités, notamment la magnifique suite intitulée « La belle noirceur », ne dépasse pas ses prédécesseurs et surtout n’apporte rien de novateur au propos du groupe. Le concert se termine sous les meilleurs augures avec une improvisation sur des thèmes de Frank Zappa et le désormais célèbre final « Cassiopée » avec des musiciens jouant tous du vibraphone. Le maigre public helvète a-t-il assisté à la dernière prestation de Lazuli ? La question mérite d’être posée dans la mesure où, malgré les quelques critiques émises, la prestation des Gardois fût sans doute la plus relevée du week-end. La fin du groupe dans sa formation actuelle annoncée quelques jours après rendra les amateurs d’autant plus tristes.

La leçon à tirer de ces deux journées musicales au Z7 se montre cruelle à l'égard du genre rock / metal progressif. S’il parvient à sortir de ses carcans habituels pour intégrer d’autres aspects comme la chanson, la world music (Lazuli) ou le post-metal (This Misery Garden), voire jouer sur le feeling et les émotions (Metamorphosis), il pourra sortir certainement de l’ornière. En revanche, en continuant à se confiner dans cet autisme intellectualisé qui pêche par trop de complexité (Simon Says, Tangent Plane – et qui a vu le mouvement mourir à petit feu au début des années quatre-vingt), nul doute qu'il rejoindra le ghetto des styles musicaux en désuétude. Il ne faudra dès lors plus s’étonner de la désaffection continue du public plus avide d’émotion que de prise de tête en 13/17.

Christophe Gigon et Jean-Daniel Kleisl

site web : Galileo Records

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